Conclusions principales :
Le 10 février, le président Trump a déclenché sa première tempête de tarifs douaniers sur la Corée du Sud, avec un tarif de 25% sur l'acier et l'aluminium qui entrera en vigueur le 12 mars et annulera certaines exemptions en place. L'incertitude politique régnant sur la Corée du Sud depuis la déclaration de la loi martiale le 3 décembre et les accusations qui ont suivi contre le président Yoon Suk Yeol ont mis à l'épreuve les canaux de gouvernance et de diplomatie du pays, compliquant sa capacité à formuler une riposte cohérente. Toutefois, Séoul a procédé à l'adoption de diverses contre-mesures, y compris une coordination renforcée avec le Canada.
En bref :
- Dans les jours qui ont suivi la réélection de Trump, l'administration sud-coréenne, anticipant l'imposition de tarifs par les États-Unis, a chargé son ministère des Affaires étrangères de renforcer les liens avec le Canada et d'autres économies ayant bénéficié des politiques de l'ère Biden, telles que la Loi sur la réduction de l'inflation.
- Le 5 décembre 2024, le chef négociateur commercial de la Corée du Sud, Cheong In-gyo, a convoqué une session urgente avec les entreprises sud-coréennes présentes au Canada et visant le marché américain pour discuter des nouveaux tarifs douaniers de Trump. Séoul a augmenté d'un montant record de 357,1 milliards de dollars canadiens (360 trillions de won) son financement du commerce pour diversifier la portée des marchés internationaux de la Corée du Sud et stimuler sa compétitivité industrielle.
- Face aux inquiétudes croissantes concernant le protectionnisme, Hyundai Motor a modernisé son équipe internationale d'affaires gouvernementales, rebaptisée Bureau des politiques internationales, en créant une unité commerciale à part entière. L'entreprise a recruté d'anciens diplomates chevronnés pour faciliter une prise de décision agile axée sur les politiques avec les États-Unis.
- Ahn Dukgeun, le ministre du Commerce, de l'Industrie et de l'Énergie, a rapidement entrepris plusieurs déplacements aux États-Unis pour renforcer les équipes de riposte. Cheong In-gyo, chef négociateur commercial, a également mis en place un bureau d'aide pour les entreprises à l'étranger confrontées aux impacts des tarifs douaniers. Les leaders industriels, menés par la Chambre de commerce et d'industrie coréenne, mobilisent une délégation commerciale qui visitera les États-Unis en février.
Implications :
Le record d'excédent commercial de 94,3 milliards de dollars canadiens avec les États-Unis en 2024, stimulé par les exportations automobiles et de semi-conducteurs, a accru la vulnérabilité de la Corée du Sud aux mesures tarifaires américaines. L'Institut coréen pour l'économie et le commerce industriels, un institut de recherche sur les politiques financé par le gouvernement, estime que des tarifs de 10 à 20% pourraient réduire les exportations sud-coréennes vers les États-Unis de 14% et diminuer le PIB coréen de 0,2 point de pourcentage. La Bank of America avertit que les nouveaux tarifs américains ciblant la Corée du Sud pourraient davantage déstabiliser le won coréen et alimenter l'inflation en augmentant les coûts d'importation et en réduisant les marges bénéficiaires.
L'absence de leadership en Corée du Sud, combinée aux tarifs de 25% proposés par Trump sur le Canada, a conduit le pays, qui investit considérablement dans les lignes de production canadiennes de véhicules électriques et de batteries secondaires, à chercher une nouvelle approche commerciale. Dans le cadre de cette approche, la Corée du Sud augmente ses importations de pétrole brut et de gaz naturel américains pour réduire le déficit commercial bilatéral De plus, la Chambre de commerce et d'industrie coréenne prévoit de promouvoir le fait que la Corée du Sud a généré 229 milliards de dollars canadiens d'investissements directs étrangers aux États-Unis et créé 830 000 emplois américains depuis le premier mandat de Trump. Des analystes suggèrent également que la Corée du Sud pourrait aider les États-Unis dans la construction navale, en ligne avec les plans de Trump de reconstruire la puissance navale américaine.
Ce qui s'ensuit :
1. Industries en mutation
Le retour de Trump à la présidence refaçonnerait probablement les « gagnants » et « perdants » de l'industrie en Corée du Sud. Par exemple, les constructeurs de navires sud-coréens et certaines entreprises liées à l'énergie voient des opportunités pour leur activité aux États-Unis, particulièrement si les projets de défense de maintenance, réparation et révision ainsi que l'extraction de combustibles fossiles s'accélèrent.
En revanche, si les subventions ou privilèges d'importation sont annulés sous le deuxième mandat Trump, les secteurs des véhicules électriques et des batteries en Corée du Sud risquent de perdre leurs avantages, tandis que les véhicules et puces coréens pourraient faire face à des tarifs douaniers potentiels. Par conséquent, les constructeurs automobiles tels que Hyundai Motor pourraient s'orienter vers la production de lignes de véhicules hybrides, ou ajuster leurs stratégies de production pour amortir les pertes. Les initiatives de diversification du commerce, y compris une reconsidération des accords commerciaux multilatéraux tels que l'Accord de Partenariat Transpacifique Global et Progressiste, dont le Canada est membre, pourraient aussi gagner du terrain. De plus, des analystes ont proposé que les raffineries sud-coréennes s'approvisionnent en pétrole brut canadien, réduisant ainsi les coûts d'importation et renforçant la sécurité énergétique sud-coréenne.
2. L'opportunité pour le Canada de devenir un partenaire critique
Outre l'augmentation des exportations d'énergie, il existe d'autres mécanismes par lesquels le Canada pourrait devenir un partenaire plus vital pour la Corée du Sud. Cela comprend des discussions bilatérales à venir, tels que le Forum d'investissement Canada-Corée en mars et la Mission commerciale des industries créatives canadiennes en Corée du Sud en juin. Ces initiatives s'inscrivent dans le prolongement des récents Dialogue indo-pacifique Canada-Corée et réunions ministérielles conjointes visant à renforcer la résilience des chaînes d'approvisionnement et à débloquer les opportunités en énergie et minéraux critiques. Les récentes missions commerciales des provinces canadiennes, y compris celle du Québec sur les technologies des batteries et celle de l'Alberta sur l'énergie de l'hydrogène, démontrent la disposition canadienne à approfondir les liens. L'engagement approfondi de la Corée du Sud avec les acteurs des secteurs canadiens du commerce et de l'investissement pourrait offrir des solutions pragmatiques pour contenir les retombées.
• Édité par Jeehye Kim, gestionnaire de programme principale, Asie du Nord-Est, Erin Williams, gestionnaire de programme principale, Vina Nadjibulla, vice-présidente, Recherche et stratégie, et Ted Fraser, éditeur principal à la Fondation Asie Pacifique du Canada.